LES EMAUX PEINTS DU LIMOUSIN

Publié le par artvalorem.over-blog.fr

Vente du 13 décembre 2012

Salle VV, 3 rue Rossini à 14h

Au cours de notre vente du 13 décembre 2012 nous disperserons deux exceptionnels émaux Limousins du XVème et XVIème siècle.

Expert: Laurence Fligny

 

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Lot 186

Grande plaque en émail peint polychrome avec rehauts d'or représentant La Nativité avec l'Annonce aux bergers et Gédéon. Liseré noir en bordure. Contre-émail grumeleux de couleur bleu sombre.

Au premier plan, Marie et Joseph sont agenouillés avec, entre eux, l'âne et le bœuf. La Vierge, les mains jointes, regarde Jésus, entièrement nu, couché sur le revers de son manteau étalé sur le sol ; Joseph, le buste penché vers l'avant, tient un cierge allumé dans sa main gauche ; le sol est parsemé de touffes de fleurs à quatre pétales ; derrière la Vierge, on peut voir l'étable abritant un abreuvoir avec une lucarne sur son toit. Un plessis sépare cette scène de l'arrière-plan.

Au second plan, paysage accidenté avec, sur la gauche, l'Annonce de l'Ange aux bergers et, sur la droite, l'Apparition de l'Ange à Gédéon. L'Annonce aux bergers se compose d'un berger qui accourt, un agneau dans un panier, et d'une femme qui danse au son d'un joueur de cornemuse ; dans l'angle supérieur gauche, un ange en buste leur présente une banderole avec l'inscription en lettres gothiques gloria in nex celcis (sic) deo. En haut à droite, l'Apparition de l'Ange à Gédéon avec le chevalier en armure agenouillé et les mains jointes, son écu posé à terre, devant un ange en buste tenant une banderole avec l'inscription d[omin]us tec[um]viror [u]m fortissime ; la toison miraculeuse est posée à côté de lui.

Limoges, attribuée au Maître pseudo-Monvaerni, vers 1500

Hauteur : 21,8 cm – Largeur : 22,3 cm

(Petites restaurations notamment à l'angle inférieur droit, quelques altérations aux émaux bleus et manganèses)

 Contre émail

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La présence d'une scène de l'histoire de Gédéon dans cette Nativité doit s'interpréter ici comme un rappel de l'Annonciation à la Vierge et la préfiguration du Christ au Mont des Oliviers. Une gravure du XVe siècle, vraisemblablement allemande ou du nord de l'Europe, est à l'origine de la composition de cette plaque. Plusieurs traits sont en effet caractéristiques comme le pittoresque de certains détails, la présence d'une clôture en plessis, les plis volumineux et accidentés des manteaux s'étalant sur le sol avec l'Enfant Jésus posé sur celui de Marie ainsi que les rochers escarpés de l'arrière-plan.

 On connaît trois autres plaques dans des collections publiques reprenant la même composition attribuées au Maître pseudo-Monvaerni : l'une au musée Czartoryski de Cracovie (fig.a), une autre au musée des Beaux-Arts de Lyon  (fig.b), une troisième au musée des Beaux-Arts de Limoges (2003.25.1), cependant incomplète sur son côté droit et dont on situe l'exécution au premier quart du XVIe siècle. Celle présentée ici semble jusqu'à ce jour inédit.

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 Fig a

 Fig b

 Nativité BA Lyon

On regroupe sous l'appellation du Maître pseudo-Monvaerni, un ensemble d'une cinquantaine d'émaux peints, parmi les premiers réalisés à Limoges, réunissant un certains nombre de caractères qui les rendent assez facilement reconnaissables : sujets religieux, compositions tirées de gravures du XVe siècle allemandes ou nordiques mais aussi lyonnaises, réalisme des traits des personnages allant parfois jusqu'à une certaine brutalité, raideur dans les attitudes. Le nom Monvaerni vient d'une inscription  AVE MARI MONVAERNI que l'on peut lire sur l'épée tenue par la sainte Catherine du triptyque de La Crucifixion conservé au Taft Museum de Cincinnati, Ohio (inv. 1931-268). Cette signature, abrégée, se retrouve également sur un autre triptyque, celui de la collection Germeau. Sans que l'on puisse dater précisément ces émaux, leur production semble s'être étalée sur plusieurs dizaines d'années, de 1480 à 1510 environ, et avoir été réalisées par plusieurs mains.

Un certain nombre de grandes plaques, aux dimensions similaires à cette Nativité, ont été répertoriées, notamment  un ensemble de douze plaques à sujets religieux conservés au musée du Louvre (OA 6309a à OA 6309l) et que l'on date de la fin du XVe siècle. S'il existe une familiarité dans la facture de ces plaques avec celle de la Nativité, cette dernière semble avoir été réalisée quelques années plus tard. Ses coloris crus, les traits plus appuyés du dessin, une amabilité dans les physionomies, un modelé moins accusé des carnations annoncent déjà la Renaissance. Cependant une plaque de l'ancienne collection Chalandon représentant La Mise au tombeau, de format plus carré, récemment passée en vente publique, montrait un semblable éclat dans les coloris tout en étant datée 1475 par le spécialiste de la maison de vente.

 Comparaisons et ouvrages consultés : J.J. Marquet de Vasselot, Les Emaux limousins de la fin du XVe siècle et de la première partie du XVIe, Paris, 1921 ; S. Baratte, Les Emaux peints de Limoges, Musée du Louvre, Paris, 2000 ; Sotheby's, Paris, vente du 20 avril 2012, lot 11, Grande plaque en émail peint, "La Déploration du Christ", 24,5 cm x 22,5 cm, ancienne collection Chalandon,  vendue 156 750 Euros frais compris.

60 000 / 80 000 euros

Lot 187

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Plaque en émail peint polychrome avec nombreux rehauts d'or représentant Les Apprêts de la Crucifixion. Contre-émail en fondant coloré rouge.

Le Christ est allongé sur la croix posée au sol tandis que deux bourreaux s'affairent autour, l'un muni d'une vrille perce l'extrémité d'un bras de la croix, l'autre, un marteau dans la main droite, cloue le bras gauche du Christ ; au premier plan est posé un panier tressé avec une corde et deux marteaux. Différents spectateurs, prêtres et soldats, assistent à la scène, dont un, au premier plan sur la gauche, tenant une gourde dans son dos. A l'arrière plan, sur la droite, la Vierge, les Saintes femmes et l'apôtre Jean dans différentes attitudes d'affliction. Cadre paysagé avec rocher et arbres sur fond de ciel étoilé.

Limoges, Maître de l'atelier de la Passion du Christ, vers 1560-1570 ou dernier quart du XVIe siècle

Hauteur : 9,9 cm – Largeur : 7,8 cm

(très légers accidents et sautes d'émail notamment aux angles)

 

 134.jpg Contre émail

 La composition de cette plaque reproduit très fidèlement celle d'une planche de La petite Passion  d'Albrecht Dürer gravée dans les années 1509-1511 (fig a.). Cette suite de gravures sur bois a inspiré plusieurs séries de petites plaques d'émaux limousins destinés à des retables,  d'un format comparable, présentant un certain nombre de caractères communs comme une facture particulièrement soignée, une gamme de coloris alliant les verts, les bleus et les bruns et un recours à d'abondants rehauts d'or. Cette qualité d'exécution a fait donner parfois, par l'ancien historien d'art, spécialiste de l'œuvre de Limoges, qu'était Marquet de Vasselot, le nom de Maître Fin à l'auteur de certaines de ces plaquettes. D'autres ont avancé le nom du jeune Pierre Reymond, d'autres encore de deux peintres limougeauds peu connus

 

  1312-010.jpg Fig a

 

 

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